Les images IA se multiplient

L’intelligence artificielle va-t-elle tuer les graphistes ?

Depuis quelques mois, elles sont partout !

Elles sont devenues incontournables. Que ce soit sur les réseaux sociaux, dans les vitrines, sur les panneaux municipaux, pour annoncer une brocante, un festival, un marché artisanal ou une fête communale : les affiches générées par intelligence artificielle se multiplient partout depuis quelques mois. 

Elles sont très saturées de couleurs criardes, paraissent spectaculaires.

A ce titre, elles finissent d’ailleurs presque toutes par se ressembler.

Les mêmes visages un peu lisses.  Les mêmes lumières laiteuses. Les mêmes compositions surchargées
d’informations au point de devenir illisibles.  Les mêmes personnages figés dans une esthétique située quelque part entre le dessin animé, la photographie publicitaire et l’affiche de film : « La malfaisance » dirait avec humour une de mes amies…

Cette « Malaisance » ou plutôt cette uniformisation commence d’ailleurs à provoquer une véritable lassitude. Libération lui a récemment consacré un article. Le HuffPost a également relayé les réactions d’internautes excédés par ces images générées à la chaîne.

Mais derrière cette question esthétique se cache une réalité beaucoup plus sérieuse.

Si une association, un commerce, une entreprise ou une collectivité peut désormais produire une affiche en quelques secondes, que devient la personne qu’elle rémunérait auparavant pour la concevoir ?

Autrement dit : avec l’essor de l’intelligence artificielle, la profession de graphiste est-elle aujourd’hui menacée ?

La réponse courte est oui.

Mais peut-être pas de la manière dont on l’imagine.

Les images IA se multiplient

Combien existe-t-il réellement de graphistes en France ?

Avant de mesurer les conséquences économiques de l’intelligence artificielle, encore faudrait-il savoir combien de personnes exercent ce métier.

Et c’est là que les premières difficultés apparaissent.

Le métier de graphiste n’est pas réglementé. N’importe qui peut se déclarer graphiste, quels que soient son diplôme, son expérience ou la nature réelle de son activité.

Les professionnels peuvent être salariés, indépendants, artistes-auteurs, microentrepreneurs, dirigeants de société ou encore exercer le graphisme en complément d’un autre emploi.

Il n’existe donc aucun registre permettant de les compter exactement.

Dans un article publié par Le Monde en janvier 2022, le sociologue Jean-Pierre Durand, auteur d’une étude consacrée aux métiers du graphisme pour le ministère de la Culture, estimait leur nombre à environ 65 000 en France, contre 50 000 en 2010.

Il précisait toutefois qu’une bonne moitié de ces professionnels ne vivait que marginalement du graphisme.

La statistique publique utilise, de son côté, une catégorie beaucoup plus large.

En 2020, le ministère de la Culture recensait 127 200
« concepteurs et assistants techniques des arts graphiques, de la mode et de la décoration ».

La dernière édition de ses chiffres clés publie désormais un effectif de 110 700 personnes pour la catégorie intitulée « graphistes et autres professions intermédiaires des arts graphiques, de la mode et de la décoration ».

Ces chiffres ne représentent donc pas uniquement des graphistes. Ils englobent également des designers, stylistes, décorateurs et d’autres professions voisines.

Il serait par ailleurs imprudent d’en conclure que 16 500 emplois auraient disparu entre les deux publications.

Les évolutions de nomenclature et de méthodologie ne permettent pas une comparaison aussi directe.

On peut néanmoins retenir deux ordres de grandeur :

  • environ 65 000 graphistes au sens strict, selon l’estimation publiée en 2022 ;
  • plus de 110 000 actifs dans l’ensemble professionnel élargi auquel ils appartiennent.

Ce chiffre est considérable.

Et il ne tient pas compte de toutes les personnes qui réalisent quotidiennement des travaux de communication visuelle sans porter officiellement le titre de graphiste.

Près d’un professionnel sur deux exerce à son compte

Les données du ministère de la Culture apportent un autre enseignement particulièrement important.

En 2020, 48 % des 127 200 professionnels recensés dans la catégorie des arts graphiques, de la mode et de la décoration étaient non-salariés.

Cela représente environ 61 000 personnes.

Là encore, tous ne sont pas graphistes. Et tous ne sont pas indépendants à temps plein : certains cumulent une activité salariée et des missions en freelance.

Mais cette donnée montre à quel point le secteur repose sur une population d’indépendants, d’artistes-auteurs, de microentrepreneurs et de petites structures.

Or ce sont précisément ces professionnels qui se trouvent aujourd’hui en première ligne.

Lorsqu’une entreprise réduit ses besoins graphiques, un salarié peut voir ses missions évoluer avant que son emploi soit éventuellement remis en cause.

Pour un indépendant, la conséquence est immédiate.

Une affiche qui n’est plus commandée, c’est une facture qui ne sera pas émise.

Dix publications réalisées en interne avec Canva, ce sont plusieurs heures de travail qui disparaissent.

Un client qui apprend à générer lui-même ses illustrations, c’est parfois une collaboration de plusieurs années qui s’arrête.

La menace ne prend donc pas toujours la forme spectaculaire d’un licenciement.

Elle commence plus discrètement.

Un client qui ne rappelle plus.

Une commande récurrente qui devient occasionnelle.

Une mission de 1 000 euros transformée en prestation de 300 euros parce que « l’IA fait déjà une partie du travail ».

Puis, mois après mois, un carnet de commandes qui se vide.

« J’ai perdu 60 % de mon chiffre d’affaires »

Ce phénomène n’est plus seulement théorique.

En mai 2026, Cadremploi a publié le témoignage d’Alix Mesnier, graphiste depuis vingt ans et indépendante depuis douze ans sous le statut d’artiste-auteur.

Pendant longtemps, son activité lui avait permis de vivre correctement. Elle travaillait notamment avec des clients réguliers qui lui confiaient des projets récurrents.

Mais, en un an et demi, ces clients ont commencé à disparaître.

Certains avaient été rachetés par de grands groupes possédant leurs propres services de communication. D’autres ont internalisé la création de leurs supports. D’autres encore se sont tournés vers Canva et les outils d’intelligence artificielle.

Le paradoxe est particulièrement cruel : plusieurs clients lui ont demandé de concevoir des modèles personnalisés sur Canva afin de pouvoir ensuite produire leurs visuels sans elle.

Elle savait qu’elle contribuait à rendre son propre travail moins nécessaire. Mais, faute de commandes, elle ne pouvait pas se permettre de refuser.

Aujourd’hui, elle estime avoir perdu 60 % d’un chiffre d’affaires annuel qui était déjà inférieur à 30 000 euros. Elle envisage désormais de quitter le métier et recherche un emploi salarié, éventuellement dans un tout autre secteur.

Son témoignage ne permet évidemment pas de résumer la situation de toute une profession.

Il apporte même une nuance essentielle : la baisse de son activité n’est pas uniquement imputable à l’intelligence artificielle.

La conjoncture économique, le rachat de ses clients, l’internalisation de la communication et la généralisation de Canva avaient commencé à fragiliser son activité avant même l’arrivée massive des générateurs d’images.

L’IA n’a donc pas créé à elle seule la crise actuelle.

Mais elle l’accélère.

Ce que disent réellement les designers freelances

Une enquête internationale réalisée en 2024 par la plateforme 99designs auprès de plus de 10 000 designers freelances dans 135 pays permet de mieux mesurer cette transformation.

Selon cette étude :

  • 52 % des designers interrogés utilisaient déjà des outils d’IA générative en 2024, contre 39 % en 2023 ;
  • 61 % estimaient que l’IA avait affecté leurs revenus, contre 45 % un an auparavant ;
  • 80 % anticipaient un effet futur sur leurs revenus ;
  • 47 % envisageaient un effet positif ;
  • 33 % redoutaient au contraire une diminution.

Il faut être précis : les 61 % ne déclarent pas tous avoir perdu de l’argent.

Le terme « affecté » comprend aussi bien une hausse qu’une baisse des revenus. Certains designers utilisant l’IA gagnent en productivité, réalisent davantage de projets ou développent de nouvelles prestations.

L’étude dessine donc une réalité plus complexe qu’une simple opposition entre la machine et le créateur.

Elle montre que l’IA modifie déjà profondément l’économie du travail graphique, mais qu’elle ne produit pas les mêmes effets pour tout le monde.

Les professionnels les mieux établis, les mieux formés ou capables d’intégrer ces outils peuvent gagner en efficacité.

Les autres risquent de subir la concurrence de ceux qui produisent plus vite, mais aussi celle de clients décidant de se passer entièrement de prestataire.

Cette enquête comporte également une limite : elle interroge les utilisateurs d’une plateforme internationale de mise en relation. Elle ne constitue pas une photographie spécifique du marché français.

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Un métier désormais annoncé en déclin

Le signal le plus inquiétant vient peut-être du Forum économique mondial.

Son rapport Future of Jobs 2025 s’appuie sur les réponses de plus de 1 000 employeurs représentant plus de 14 millions de travailleurs dans 55 économies.

Les graphistes y apparaissent au 11e rang des professions dont le déclin relatif serait le plus rapide d’ici à 2030, et au 13e rang des métiers en déclin en volume.

Deux ans auparavant, le graphisme était encore présenté comme une activité relativement stable.

Dans le même rapport, les designers UI et UX figurent parmi les métiers en croissance.

Cette opposition est particulièrement révélatrice.

Elle suggère que la production visuelle traditionnelle — affiches, mises en page, illustrations ou contenus promotionnels — risque de se déprécier, tandis que la conception d’expériences, l’analyse des usages, la stratégie et la direction globale du design conserveraient davantage de valeur.

Mais, là encore, il faut éviter les conclusions excessives.

Le Forum économique mondial ne prévoit pas le nombre de graphistes français qui perdront leur emploi. Il rapporte les anticipations de grands employeurs internationaux.

Une profession exposée à l’IA n’est pas nécessairement une profession condamnée.

L’Organisation internationale du travail le rappelle dans son indice mondial publié en 2025 : l’exposition mesure la part des tâches susceptibles d’être automatisées ou transformées. Elle ne signifie pas automatiquement la disparition complète du métier.

Dans la plupart des professions concernées, l’OIT considère même que la transformation du travail reste plus probable que son remplacement intégral.

Ce que l’IA peut déjà remplacer concrètement

L’intelligence artificielle ne remplace pas aujourd’hui l’ensemble du métier de graphiste.

Elle remplace d’abord certaines tâches qui comptent parmi souvent les plus courantes :

  • les publications pour les réseaux sociaux ;
  • les affiches événementielles simples ;
  • les flyers ;
  • les bannières publicitaires ;
  • les présentations ;
  • les illustrations génériques ;
  • les mockups ;
  • les détourages ;
  • les retouches élémentaires ;
  • les déclinaisons de formats ;
  • les premières pistes de logos ou d’identités visuelles.

On pourrait considérer ces travaux comme secondaires. Ils sont pourtant essentiels à l’économie des indépendants.

Tous les graphistes ne conçoivent pas chaque semaine l’identité d’une grande marque nationale.

Leur activité repose souvent sur une succession de petites commandes : une affiche, une brochure, une publication, une bannière, une invitation, une mise à jour.

Ces travaux récurrents permettent de payer les logiciels, le matériel, les assurances, les cotisations sociales et, tout simplement, de vivre.

En supprimant les petites commandes, on ne débarrasse donc pas seulement le graphiste de tâches répétitives.

On retire les premières briques de son modèle économique.

Les jeunes graphistes seront probablement les premiers sacrifiés

On entend souvent que l’intelligence artificielle ne remplacera pas les graphistes, mais qu’elle les libérera des tâches d’exécution afin qu’ils puissent se concentrer sur la stratégie et la direction artistique.

L’idée est séduisante.

Mais elle évite une question fondamentale : comment devient-on directeur artistique ?

On ne sort pas d’une école avec vingt ans d’expérience.

On apprend en exécutant. En préparant des fichiers. En déclinant des formats. En corrigeant des erreurs. En confrontant ses propositions aux contraintes techniques, économiques et humaines d’un véritable projet.

Or les tâches que l’IA automatise aujourd’hui sont précisément celles qui étaient confiées aux juniors.

Si les agences et les entreprises estiment qu’un directeur artistique équipé d’outils génératifs peut produire le travail de plusieurs graphistes débutants, elles embaucheront moins de jeunes professionnels.

À court terme, elles réaliseront peut-être des économies.

À long terme, elles auront supprimé le chemin qui permettait de former leurs futurs directeurs artistiques.

Tout le monde ne pourra pas devenir stratège, consultant ou directeur de création.

Et personne ne naît directeur artistique.

 

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Combien d’emplois pourraient être menacés ?

À ce jour, aucune étude sérieuse ne permet d’affirmer que 10 000, 20 000 ou 30 000 graphistes français perdront leur emploi à cause de l’intelligence artificielle.

Il faut donc se méfier des chiffres spectaculaires.

On peut néanmoins construire plusieurs scénarios destinés à mesurer un ordre de grandeur.

Si l’on retient l’estimation de 65 000 graphistes en France :

  • une contraction de 10 % du volume global d’activité représenterait 6 500 équivalents temps plein ;
  • une contraction de 20 % représenterait 13 000 équivalents temps plein ;
  • une contraction de 30 % représenterait 19 500 équivalents temps plein.

Ces chiffres ne constituent pas une prévision.

Ils ne signifient pas nécessairement que 19 500 personnes seraient licenciées.

La dégradation pourrait prendre des formes beaucoup moins visibles :

  • des indépendants perdant une partie de leur chiffre d’affaires ;
  • des départs qui ne seraient plus remplacés ;
  • des juniors qui ne trouveraient pas leur premier emploi ;
  • des professionnels contraints de cumuler plusieurs activités ;
  • des graphistes abandonnant progressivement le métier ;
  • une baisse générale des tarifs et des revenus.

La menace ne se mesure donc pas seulement au nombre de postes officiellement supprimés.

Elle se mesure également au nombre de personnes qui continueront à exercer, mais ne parviendront plus à vivre de leur travail.

Quel manque à gagner pour l’économie et les caisses sociales ?

Là encore, il faut distinguer les données établies d’une simple simulation.

Prenons comme hypothèses :

  • 60 000 indépendants dans l’ensemble professionnel élargi ;
  • 30 000 euros de chiffre d’affaires annuel moyen par personne ;
  • une contraction générale de leur activité comprise entre 10 et 30 %.

Le chiffre d’affaires annuel théorique de cet ensemble atteindrait alors 1,8 milliard d’euros.

Une baisse de 10 % représenterait environ 180 millions d’euros d’activité perdue.

À 20 %, la perte atteindrait 360 millions d’euros.

À 30 %, elle s’élèverait à 540 millions d’euros.

(Ces montants ne sont pas une évaluation officielle du marché français du graphisme. Ils résultent uniquement d’un modèle destiné à visualiser les conséquences possibles d’une contraction du secteur.)

Le même principe doit s’appliquer aux cotisations sociales.

Pour certains microentrepreneurs exerçant une activité libérale, le taux de cotisations sociales atteint 25,6 % en 2026.

Si l’on appliquait théoriquement ce taux à la totalité de notre scénario, une baisse de 360 millions d’euros de chiffre d’affaires pourrait correspondre à environ 92 millions d’euros de cotisations non versées.

Mais ce chiffre ne représente pas le manque à gagner réel de l’Urssaf.

Tous les graphistes ne sont pas microentrepreneurs. Certains sont artistes-auteurs, salariés, en entreprise individuelle classique ou dirigeants de société. D’autres cumulent plusieurs statuts.

Il faut également rappeler que des cotisations non encaissées correspondent à des droits sociaux qui ne seront pas constitués.

On ne peut donc pas parler automatiquement d’une perte nette pour les caisses sociales.

La transition peut néanmoins provoquer un véritable déséquilibre : moins de cotisations immédiatement perçues, alors que les besoins d’accompagnement, de formation, de reconversion ou de prestations sociales risquent d’augmenter.

À cela peuvent s’ajouter :

  • une baisse de l’impôt sur le revenu ;
  • la fermeture de petites entreprises ;
  • une diminution de la consommation ;
  • la perte de clients pour les imprimeurs, photographes, vidéastes et autres fournisseurs locaux ;
  • le transfert d’une partie de la valeur vers des plateformes technologiques internationales.

La question ne concerne donc pas seulement quelques créatifs inquiets pour leur avenir.

Elle touche tout un écosystème économique.

Le paradoxe des affiches générées par IA

Il existe pourtant un paradoxe.

Alors que les outils n’ont jamais été aussi performants, une partie du public commence déjà à se fatiguer de leurs productions.

Les affiches générées par IA sont différentes, mais elles semblent toutes identiques.

Le phénomène est désormais suffisamment visible pour être traité par Libération, Le HuffPost, Le Monde ou encore la presse spécialisée dans le graphisme.

Le Monde a notamment analysé les raisons pour lesquelles tant d’images générées présentent les mêmes caractéristiques : peaux parfaitement lisses, lumières dramatiques, arrière-plans flous, compositions spectaculaires et rendus hybrides entre dessin et photographie.

Cette ressemblance s’explique en partie par le fonctionnement des modèles.

Ils sont entraînés à partir de corpus comprenant des milliards d’images, dont beaucoup obéissent déjà aux codes dominants de la publicité, du cinéma, des banques d’images et des réseaux sociaux.

Ils ne partent pas d’une expérience, d’une intention ou d’une nécessité intérieure.

Ils calculent la forme statistiquement la plus vraisemblable d’une image correspondant à une demande.

Ils excellent donc dans la production d’images immédiatement reconnaissables.

Mais reconnaître n’est pas comprendre.

Une affiche n’a pas seulement pour fonction d’être belle.

Elle doit hiérarchiser une information, orienter le regard, respecter un contexte, s’adresser à un public précis, rester lisible à distance et donner une identité singulière à celui qui communique.

Une image spectaculaire peut être une très mauvaise affiche.

Et une affiche volontairement sobre peut être un excellent outil de communication.

C’est précisément dans cette différence entre produire une image et construire un message que réside encore la valeur du graphiste.

On peut donc raisonnablement penser que les graphistes ne vont pas disparaître d’un coup de baguette magique d’IA.  

Les graphistes les plus expérimentés, les plus spécialisés ou ceux qui travaillent sur des problématiques complexes ne seront sans doute pas remplacés à court terme.

L’IA ne peux pas rencontrer  un client, elle ne mesure pas les rapports de pouvoir au sein d’une organisation.

Elle ne décèle pas toujours les contradictions d’un brief.

Elle ne défend pas une proposition lors d’une réunion.

Elle ne garantit pas la cohérence d’une identité pendant plusieurs années.

Elle ne connaît ni l’histoire intime d’une entreprise, ni les particularités d’un territoire, ni les sensibilités d’un public.

Elle ne porte aucune responsabilité morale ou juridique.

Mais cela ne signifie pas que la profession est protégée.

Une technologie n’a pas besoin de remplacer parfaitement un professionnel pour menacer son emploi.

Il suffit qu’un client considère que le résultat obtenu est « suffisamment bon » au regard du prix, du délai et de l’usage prévu.

C’est probablement là que se trouve le véritable danger.

Le graphiste ne sera pas toujours remplacé par une intelligence artificielle plus compétente que lui.

Il pourra être remplacé par une production moins pertinente, moins originale et moins maîtrisée, mais jugée acceptable parce qu’elle ne coûte presque rien.

D’autres risques dépassent déjà la question de l’emploi

La disparition de certaines commandes n’est qu’une partie du problème.

L’utilisation massive de l’IA générative pose également la question de la propriété intellectuelle. De nombreux modèles ont été entraînés sur des œuvres dont les auteurs contestent l’utilisation sans consentement ou rémunération.

Elle pose aussi celle de la responsabilité.

Comment garantir qu’un logo généré ne ressemble pas à une marque existante ?

Qui répond d’une image mensongère, historiquement fausse ou contenant des représentations discriminatoires ?

En mai 2025, le gouvernement français a ainsi retiré une vidéo générée par IA pour la Journée nationale de la Résistance après la découverte de plusieurs incohérences, dont la présence d’un soldat portant un casque allemand parmi les personnes célébrant la Libération de Paris.

L’intelligence artificielle soulève enfin un enjeu culturel.

Si toutes les entreprises, toutes les collectivités et toutes les associations utilisent les mêmes outils, entraînés sur les mêmes données et orientés vers les mêmes résultats statistiquement séduisants, notre environnement visuel risque de s’uniformiser rapidement.

Nous ne perdrions pas seulement des graphistes.

Nous perdrions une partie de la diversité des regards, des styles et des manières de représenter le monde.

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